LES CEL

LES CEL, COMMENT PARTAGER SON ÉLECTRICITÉ SOLAIRE EN TOUTE CONFIANCE ?

Ce qu'il faut retenir

  • La CEL est un nouveau mécanisme suisse en vigueur depuis janvier 2026 permettant de vendre son électricité solaire directement à ses voisins
  • Il existe trois modèles de partage d'énergie (CA, RCP, CEL) chacun adapté à une situation différente.
  • Rejoindre une CEL peut réduire votre facture électrique de 20% à 40%.



Introduction : La Suisse réinvente son rapport à l'énergie

Le 9 juin 2024, les Suisses ont dit oui. Avec plus de 68% de votes favorables, le peuple a approuvé la Loi fédérale relative à un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables, une révision majeure qui touche à la fois la loi sur l'énergie (LEnE) et la loi sur l'approvisionnement en électricité (LApEl). Un signal fort, clair, et historique pour la transition énergétique helvétique.

Mais pourquoi une telle urgence ? La réponse tient en quelques chiffres. La Suisse fait face à une double pression : d'un côté, une demande en électricité en augmentation, portée par l'essor des voitures électriques et des pompes à chaleur ; de l'autre, un risque réel de pénuries hivernales si le pays ne peut pas compter davantage sur sa propre production. Dépendre des importations européennes dans un contexte géopolitique instable n'est tout simplement plus tenable.

La loi adoptée par le Parlement le 29 septembre 2023 pose donc les bases d'une accélération : développement massif du solaire sur les bâtiments, conditions facilitées pour l'éolien et les grandes installations solaires, et surtout, introduction de nouveaux instruments pour produire, partager et consommer l'énergie autrement. Parmi eux, les Communautés Électriques Locales (CEL), entrées en vigueur le 1er janvier 2026 après l'adoption des ordonnances d'exécution par le Conseil fédéral en février 2025.

L'ambition derrière tout cela est vertigineuse : les Perspectives énergétiques 2050+ de la Confédération tablent sur 34 TWh de production solaire annuelle d'ici 2050, contre à peine 6 TWh en 2024. Pour y parvenir, il ne suffit pas d'installer davantage de panneaux, il faut aussi créer les conditions économiques pour que cette électricité soit valorisée localement, entre voisins, au sein d'un même quartier ou d'une même commune. C'est précisément là qu'entrent en jeu les CEL.

Chez GTS, nous avons suivi de très près l'évolution de ce cadre légal. Parce que ce type de mécanisme change concrètement ce que nous pouvons proposer à nos clients, particuliers, copropriétés, PME ou communes.

CA, RCP et CEL : mais quelle est la différence ?

Partager son électricité solaire avec ses voisins : l'idée semble simple. Mais selon où vous habitez, comment vos bâtiments sont connectés au réseau électrique, et combien de personnes sont impliquées, le cadre légal applicable change. La Suisse reconnaît aujourd'hui trois modèles distincts, complémentaires et non concurrents. Mieux les comprendre, c'est choisir celui qui correspond vraiment à votre situation.


La communauté d'Autoconsommation (CA)

Quand elle est possible, la CA est la formule la plus simple à mettre en place. Elle permet à un petit groupe de personnes (deux appartements dans un même immeuble, quelques voisins proches) de mettre en commun la production d'une installation solaire sans modifier en profondeur leur infrastructure électrique. La condition principale? Être raccordé à la même introduction électrique.

Chaque membre garde son contrat individuel avec son distributeur d'électricité. L'énergie produite est répartie selon une clé définie entre participants, et chacun complète sa consommation sur le réseau public si la production ne suffit pas. Pas de réseau commun complexe, pas de structure juridique lourde : c'est une solution d'entrée rapide dans l'autoconsommation collective.

Pour qui ? Les petits collectifs, les immeubles existants, les premiers pas vers le partage d'énergie.

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Réseau privé
| Réseau GRD

Le Regroupement dans le cadre de la Consommation Propre (RCP)

Le RCP va plus loin. Ici, tous les participants forment un seul et même client aux yeux du gestionnaire de réseau de distribution (GRD). L'énergie circule sur un réseau électrique privé, elle ne passe jamais par le réseau public, ce qui signifie qu'aucun tarif d'utilisation du réseau n'est facturé sur la part d'autoconsommation. C'est l'avantage économique majeur du RCP. Tout comme la CA, il faut être raccordé à la même introduction électrique.

En contrepartie, la mise en place est plus exigeante : il faut des compteurs intelligents privés pour mesurer précisément chaque flux, un représentant désigné pour gérer la facturation interne, et une puissance de production représentant au minimum 10% de la puissance de raccordement totale du groupe. La gestion des dissidents (les consommateurs qui ne veulent pas faire partie du RCP mais qui sont raccordés à la même introduction) est plus compliquée et onéreuse.

Depuis 2025, une variante existe : le RCP virtuel. Il permet à des bâtiments distincts, chacun avec sa propre introduction au réseau électrique, de se regrouper, à condition qu'ils soient connectés au même coffret de distribution électrique. Cela peut être le coffret de distribution électrique du quartier. L’énergie échangée dans le RCPv ne doit pas transiter par le réseau électrique. Même logique, même avantage tarifaire, périmètre élargi.

Pour qui ? Les immeubles neufs, les rénovations importantes, les propriétaires qui maîtrisent leur réseau électrique interne.

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Réseau privé
| Réseau GRD

La Communauté Électrique Local (CEL)

La CEL est le modèle le plus ambitieux, et le plus récent : il est entré en vigueur en Suisse le 1er janvier 2026. La grande nouveauté ? L'énergie peut cette fois transiter par le réseau public de distribution pour relier producteurs et consommateurs qui ne partagent pas le même bâtiment, ni même le même quartier, à condition de rester sur le territoire d'une même commune et d'être desservis par le même distributeur.

Chaque membre garde son contrat individuel avec le GRD, mais bénéficie d'une réduction de 40% sur le tarif d'utilisation du réseau pour les volumes d'énergie échangés en interne à la CEL (20% si l'énergie transite par deux niveaux de tension). Le décompte se fait par intervalles de 15 minutes via des compteurs intelligents.  Un représentant de la communauté coordonne les échanges et gère la facturation interne de l’énergie autoconsommée. L’énergie provenant du réseau reste facturée en direct par le GRD.

Pour qui ? Les communes, les zones industrielles, les regroupements entre particuliers et entreprises à l'échelle d'un quartier ou d'une ville.

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Réseau privé
| Réseau GRD

Source : 2026_Brochure_autoconsommation_collective.pdf – SIG « L’autoconsommation collective permet de réduire au strict minimum
la quantité d’électricité injectée dans le réseau, et, par conséquent, d’améliorer la rentabilité des investissements »

Les trois modèles en un coup d'oeil


En résumé : la CA convient aux petits projets flexibles, le RCP aux structures bien définies cherchant une exemption totale du tarif réseau, et la CEL aux projets communautaires à grande échelle. Ces trois modèles coexistent  et il est tout à fait possible de combiner un RCP interne à un bâtiment avec une CEL à l'échelle du quartier.


La CEL comme atout financier - L'avis de notre ingénieur

Pour aller au-delà des définitions, nous avons demandé à Julien, ingénieur au sein de notre bureau technique et spécialiste des communautés électriques locales, de nous donner son analyse sans détour. Sa conclusion : la CEL n'est pas une solution universelle, mais pour les bons profils, elle change véritablement la donne.

Trois profils, trois réalités

Julien distingue d'emblée trois types d'acteurs qui peuvent rejoindre une CEL : les producteurs, les consommateurs, et ceux qui sont les deux à la fois. « Ce sont des situations très différentes, avec des avantages qui ne sont pas les mêmes et il faut être honnête là-dessus. »

La CEL répond à un problème concret. Le prix de rachat du surplus solaire par le gestionnaire de réseau est en baisse tendancielle. Revendre au GRD devient de moins en moins attractif. La CEL ouvre une alternative directe : vendre à ses voisins, à un prix librement négocié entre parties. Ce prix reste généralement inférieur au tarif standard du marché, ce qui avantage le consommateur, tout en étant supérieur à ce que proposerait le GRD au producteur. Un équilibre gagnant-gagnant, à condition que les deux parties s'entendent sur les modalités.

Pour les consommateurs

L'avantage est réel mais mérite d'être nuancé. Acheter à un producteur local permet en principe de payer moins cher qu'un tarif GRD classique, tout en soutenant une énergie de proximité. 

« Mais je veux être transparent », précise Julien : la tarification dynamique se développe en parallèle, avec certains fournisseurs qui proposent désormais des tarifs variables potentiellement compétitifs selon les plages horaires. Pour les petits consommateurs en particulier, ce n'est pas toujours la CEL qui offrira le meilleur prix. C'est un marché qui évolue, et chaque situation mérite une analyse au cas par cas.

C'est sur le troisième profil que Julien est le plus enthousiaste. Le producteur-consommateur une entreprise avec plusieurs bâtiments, une commune qui veut alimenter ses infrastructures avec sa propre production solaire représente selon lui le cas où la CEL déploie tout son potentiel.

Dans cette configuration, les tarifs sont entièrement définis en interne. Et si le producteur et le consommateur sont la même entité, il peut se revendre l'énergie à 0 CHF/kW. « Mais zéro franc, ça ne veut pas dire qu'on ne paye plus rien », insiste Julien et c'est là que l'explication devient éclairante. 

Ce qu'on paye vraiment dans une CEL

En Suisse, un kilowattheure d'électricité coûte en moyenne environ 27 centimes (HT). Ce montant ne correspond pas uniquement à l'énergie elle-même, il se décompose en plusieurs parts : la part énergie, les redevances, et le tarif d'utilisation du réseau de distribution (transport). Dans une CEL, l'électricité transite par le réseau public. On ne peut pas s'y soustraire.

Ce que la CEL permet, c'est d'éliminer la part énergie (en se la vendant à zéro) et de bénéficier d'une réduction de 20 à 40% sur le tarif réseau. Restent les taxes et redevances, incompressibles. Finalement, le coût réel descend à environ 9 à 10 centimes par kilowattheure (HT), contre 27 à 30 centimes (HT) pour un tarif GRD standard. Soit environ un tiers du prix normal.

« C'est là où la CEL devient vraiment puissante pour ce type de profil », conclut Julien. « On utilise le réseau public pour transporter sa propre énergie, à un coût marginal. C'est une opportunité que la loi de 2026 a rendu possible pour la première fois. »



Source : Swissgrid 2026. Le prix moyen du kWh en Suisse (~27 cts) se répartit entre l'énergie (46%), le transport et la distribution (41%), les redevances (12%) et les mesures de sécurité d'approvisionnement hivernale (1%)

F A Q

Toute commune suisse peut accueillir une CEL, à condition que les participants soient desservis par le même gestionnaire de réseau de distribution et raccordés au même niveau de tension (basse ou moyenne tension). Le GRD de votre commune est l'interlocuteur qui valide l'éligibilité technique du projet.

Oui, un locataire peut rejoindre une CEL en tant que consommateur. Il garde son contrat avec son fournisseur d'électricité habituel et bénéficie simplement d'une part d'énergie locale à tarif réduit, sans aucune démarche d'installation. C'est une opportunité idéale pour ceux qui souhaitent consommer une énergie durable et locale sans pouvoir installer leurs propres panneaux solaires.

Tout à fait. La loi ne fait pas de distinction entre personnes physiques et morales. Une PME, une administration communale ou une école peuvent coexister dans la même CEL avec des ménages privés, à partir du moment où ils sont desservis par le même gestionnaire de réseau de distribution (GRD).

La répartition est définie proportionnellement à la consommation réelle. Le GRD mesure les flux par intervalles de 15 minutes via les compteurs intelligents et transmet les données au représentant de la communauté pour la facturation.

Combien de membres minimums pour créer une CEL ?

La loi ne fixe pas de nombre minimum de membres. En revanche, la puissance de production installée doit représenter au moins 5% de la puissance de soutirage totale de l'ensemble des consommateurs de la CEL. 

Vous pouvez quitter la CEL. Les modalités de sortie sont définies dans le règlement interne de la communauté, établi lors de sa création. Il est donc important de bien cadrer ces conditions dès le départ.

Oui, une fois la CEL reconnue par le GRD, la réduction s'applique automatiquement sur la part d'énergie effectivement échangée au sein de la communauté. Vous ne payez le tarif plein que sur l'énergie complémentaire fournie par le réseau classique.

Le délai varie selon la taille du projet et la réactivité du GRD local. Pour un projet simple, comptez entre 3 et 6 mois entre la première analyse et le démarrage effectif des échanges. GTS vous accompagne à chaque étape pour optimiser ce délai.

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